Le centre Darna de l’INDH: un refuge contre la cruauté de la rue, et une deuxième chance pour une meilleure intégration  

Par Khalid El Imouni

Elles sont des femmes et des filles à la fleur de l’âge, issues de différentes régions du Maroc, qui ont souffert des épreuves de la vie et n’ont trouvé refuge qu’au centre « Darna » pour les femmes en situation difficile à Al-Fida, mis en place grâce à la contribution de l’Initiative nationale pour le Développement humain (INDH) à Casablanca.

Cet espace constitue, pour ces femmes, un havre de paix qui leur offre protection des aléas de la vie de rue et de les aider à surmonter l’adversité et à s’intégrer de nouveau dans la société à travers l’apprentissage d’un métier qui leur fera gagner dignement leur vie.

Si l’histoire de chacune des bénéficiaires de ce centre est singulière, il n’en demeure pas moins que cette structure représente un modèle réussi en matière d’hébergement, de formation et d’accompagnement de ces femmes et filles en situation difficile.

Certaines d’entre elles se sont retrouvées dans la rue après avoir été contraintes de quitter les centres de protection de l’enfance ou d’assistance sociale après avoir atteint l’âge adulte, alors que d’autres sont devenues des « mères célibataires » sans aide ou assistance, ou elles ont été poussées par l’extrême pauvreté à venir à la capitale économique pour chercher un avenir meilleur avant de s’enliser dans la précarité.

Au début, le centre Darna, dont la gestion, la formation et l’accompagnement des bénéficiaires est assurée par l’association « Miftah Wa Houloul » (Clef et solutions), n’était qu’un établissement d’enseignement abandonné. Avec la propagation de la pandémie de la Covid-19, les autorités locales ont procédé en 2020 à sa restauration et à son équipement pour l’hébergement temporaire des personnes en situation de rue, y compris les étrangères, avant qu’il ne soit décidé de le ré-équiper après la pandémie pour héberger les femmes en situation difficile.

Ce centre, qui fait aujourd’hui peau neuve, comprend des dortoirs dédiés à l’hébergement provisoire des femmes et des filles en situation difficile et plusieurs salles équipées en matériels et équipements modernes où se déroulent des formations en couture traditionnelle et moderne, coiffure et soins de beauté, art culinaire et pâtisserie, broderie à la main ou numérique, distillation des huiles naturelles et impression numérique.

Pour Mme Rkia Boueddine, cheffe de la Division de l’action sociale à la préfecture d’arrondissements Al Fida-Mers Sultan, ledit centre, réservé à l’hébergement des filles et des femmes en situation difficile, s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la phase III de l’INDH, en particulier le programme dédié à la lutte contre la précarité.

Ce centre a été ouvert après la période de confinement que le Maroc, à l’instar des pays du monde, ont connue en raison de la propagation de la Covid-19, et a été réservé à l’hébergement des personnes en situation de rue pendant cette conjoncture difficile, en vue de les protéger contre la pandémie et tout autre problème de santé, a-t-elle rappelé dans une déclaration à M24, la chaîne d’information en continu de la MAP.

Mme Boueddine a noté qu’après un diagnostic territorial selon une approche participative, il s’est avéré qu’il y a un grand nombre de filles en situation de rue, de femmes en situation difficile, de « mères célibataires » ou de femmes en situation de précarité dans cette zone où se concentrent nombre de marchés, se situe la gare routière Oulad Ziane, considérée comme un grand point de rassemblement pour cette catégorie de femmes, ou encore l’hôpital Mohamed Bouafi, où les « mères célibataires » se rendent pour accoucher, ce qui explique la décision de maintenir ce centre ouvert et de réserver ses services à ces catégories de femmes.

Le centre a été aménagé et équipé pour une enveloppe financière de près de 3 millions DH, a-t-elle fait saovoir, ajoutant qu’il a été aussi procédé à l’acquisition d’un véhicule de transport en raison des multiples déplacements de ces femmes, aussi bien vers le tribunal ou le ministère public pour régler leur situation juridique ou pour assister à certaines audiences, notamment pour certaines femmes battues ou qui sont en procédure de divorce et n’ont aucun endroit où dormir avec leurs enfants.

Pour sa part, Samira Bakkali, présidente d’honneur de l’association « Miftah Wa Houloul », chargée de la gestion de ce centre, a déclaré qu’en période de pandémie, le centre a pu résoudre de grands problèmes de femmes en situation difficile ou de rue, accompagnées de leurs enfants, ajoutant qu’après la levée du confinement, le centre s’est attelé à résoudre d’autres problèmes, dont certains concernaient les enfants des centres de protection de l’enfance, en particulier les filles ayant atteint l’âge de 18 ans et qui étaient contraintes de quitter ces centres et de faire face à un avenir incertain.

Elle a souligné que depuis la propagation de la Covid-19 et jusqu’à aujourd’hui, quelque 580 femmes et filles en situation difficile ont bénéficié des formations professionnelles dispensées par le centre, tandis que 13 coopératives comprenant chacune entre 5 et 7 femmes, ont été parrainées grâce au financement de l’INDH.

Dans des déclarations similaires, plusieurs bénéficiaires du centre « Darna » ont salué les efforts menés par les responsables du centre ainsi que le soutien et l’accompagnement qui leur ont été apportés pour surmonter leur situation difficile et apprendre un métier qui leur permettra d’être autonomes et de gagner dignement leur vie.

Dans ce sens, Ibtisam El Hassouni, une habitante de la région, a déclaré avoir bénéficié d’une formation en broderie sur ordinateur et en impression numérique, ajoutant qu’elle aspire à créer une coopérative regroupant des pensionnaires du centre tout en employant d’autres femmes et filles de l’extérieur.

De son côté, Chaimae Rawan, une pensionnaire du centre, a indiqué avoir appris la coiffure, la couture et l’art culinaire. « J’ai choisi la coiffure comme métier, ce qui m’a ouvert les portes d’un centre de coiffure et d’esthétique pour femmes », s’est-elle réjouie.

Elle a aussi fait savoir qu’elle a commencé à apprendre la coiffure et les soins de beauté aux autres filles bénéficiaires de cette formation au sein du centre.